Babymoon : origine, vrai sens et post-partum

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Babymoon : et si le voyage n'était pas là où tu crois ?

Tu as sans doute l'image en tête. Un couple sur une plage, un ventre rond au soleil, les pieds dans le sable. Une dernière escapade à deux « avant que tout ne bascule ». C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un babymoon, et c'est devenu un petit rituel de grossesse presque obligatoire et c’est tant mieux.

Sauf qu'à l'origine, ce mot ne parlait pas de vacances. Il ne parlait même pas d'avant la naissance. Il désignait un tout autre voyage, celui qui commence le jour où l'enfant arrive.

Ce qu'on entend par babymoon aujourd'hui

Dans son usage courant, le babymoon, c'est le séjour de grossesse : quelques jours au calme, souvent autour du deuxième trimestre, quand le corps a trouvé son rythme et que l'énergie revient. L'idée est douce et elle a du sens, car s'accorder un temps à deux avant l'arrivée du bébé, reste un très beau concept des années 2000.

Le mot lui-même se calque sur honeymoon, la lune de miel. On a simplement remplacé le miel du mariage par le bébé à venir. Rien de choquant là-dedans. Mais ce glissement a fait oublier quelque chose de plus ancien et, à mon sens, de bien plus précieux.

Le sens d'origine : celui de Sheila Kitzinger

Le terme « babymoon » n'a pas été inventé par une agence de voyage. On le doit à Sheila Kitzinger, anthropologue sociale britannique, féministe et grande voix de la naissance physiologique au XXᵉ siècle. Femme qui a passé sa vie à écouter ce que vivent réellement les femmes autour de la naissance, elle militait pour l'accouchement à domicile et ses cinq enfants sont d'ailleurs nés à la maison.

On lit souvent que le mot date de 1996. C'est inexact, et la nuance mérite d'être posée : l'Oxford English Dictionary fait remonter sa première trace écrite à 1979, sous la plume de Kitzinger elle-même. Elle le popularisera ensuite dans son livre The Year After Childbirth, paru en 1994. Le « 1996 » qui circule partout correspond en réalité à une édition américaine plus tardive.

Et le sens qu'elle lui donnait n'avait rien à voir avec une dernière escapade en tête à tête. Pour Kitzinger, le babymoon, c'était le temps suspendu après la naissance : une lune de miel avec le nouveau-né, un cocon où la mère et le bébé apprennent à se connaître sans hâte, où le père prend congé pour être pleinement là. Un temps où l'on se replie, où l'on se protège, où l'on savoure. Où l'on materne la mère autant que l'enfant.

Comment le mot a été retourné

Alors que s'est-il passé ? Dans les années 2000, le mot a changé de camp. La presse people a commencé à qualifier de « babymoons » les escapades de grossesse des couples célèbres, et l'industrie du voyage s'en est emparée. En quelques années, le sens s'est inversé : d'un temps de recueillement après la naissance, on est passé à un dernier voyage avant celle-ci.

Aujourd'hui, les deux sens coexistent dans les dictionnaires. Mais dans l'usage, c'est la version « vacances » qui a gagné. Le temps du post-partum, lui, a été effacé du mot, comme il a été quasiment effacé de nos vies.

C'est un schéma qu'on connaît bien : une pratique tournée vers la femme et vers le lien, transformée en produit à consommer. Le mot a survécu. Ce qu'il portait de plus juste, non.

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Un savoir que le monde entier a gardé

Le babymoon de Kitzinger n'inventait rien. Il réveillait une sagesse quasi universelle : partout, les cultures ont institué un temps de retrait et de soin après l'accouchement.

En Chine, le zuo yuezi « faire le mois » est documenté depuis plus de deux mille ans, mentionné dès le Livre des Rites. En Amérique latine, la cuarentena étend ce repos sur une quarantaine de jours, pendant lesquels la famille prend le relais des tâches. La Corée a son sanhujori, le Japon son satogaeri bunben, où la jeune mère retourne dans sa famille d'origine. Et l'Europe, avant nous, avait le lying-in.

La France aussi connaissait ce temps : on l'appelait les relevailles, la période des couches, où l'accouchée restait alitée, entourée, dispensée du quotidien. Nous l'avons largement perdu. C'est précisément ce que Kitzinger dénonçait : notre culture presse les femmes de « reprendre le cours normal » au plus vite, comme si rien ne s'était passé. Comme si mettre au monde ne demandait pas, en retour, d'être soi-même remise au monde en douceur.

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Ce que la science reconnaît aujourd'hui

Cette intuition ancienne, la médecine la rejoint. En mars 2022, l'Organisation mondiale de la santé a publié ses toutes premières recommandations mondiales consacrées au post-partum. Les six premières semaines après la naissance, soit quarante-deux jours. Elle y reconnaît cette période comme un moment critique pour la mère comme pour l'enfant, et cite explicitement le lien mère-bébé parmi les besoins à soutenir.

Les quarante jours des traditions et les six semaines du corps se rejoignent, mais l'un n'explique pas mécaniquement l'autre. Le nombre quarante porte aussi une charge symbolique forte, présente dans de nombreuses cultures. Disons simplement que, par des chemins différents, tout le monde est arrivé à la même conclusion : après une naissance, il faut du temps. Beaucoup de temps. Et de la présence.

Réhabiliter ton babymoon

Alors si tu attends un enfant, voici l'invitation : garde l'idée du babymoon, mais offre toi les deux ! Et si tu dois vraiment choisir, choisi le rendez-vous avec ton bébé.

Ce n'est pas une destination, c'est une décision. Celle de protéger ton quatrième trimestre comme on protège un feu naissant. Te reposer sans t'excuser. Être nourrie plutôt que de nourrir tout le monde. Filtrer les visites, quitte à décevoir. Laisser le père, la famille, les proches tenir la barque pendant que tu te répares et que tu rencontres ton bébé.

Ce temps-là, personne ne te le proposera spontanément, notre époque ne sait plus le voir. C'est à toi de le nommer, de le réclamer, de l'organiser à l'avance. Et c'est là qu'une gardienne du passage peut t'aider : non pas à faire à ta place, mais à tenir le cadre autour de toi pour que tu puisses, toi, te laisser aller au ralentissement.

Ton corps sait accoucher. Il sait aussi se remettre au monde. Le vrai babymoon, c'est le temps que tu lui offres pour ça.